Bulgarian Society for Eighteenth-Century Studies

Interdisciplinary Conference 'Money, Words, Memory' (3-4 April 2003)

in Bulgarian

Eliana Raitcheva

Si Cosette et Gavroche avaient des sous dans la poche

Summary

 

L’article a pour objectif de saisir la portée de l’argent dans le système des valeurs du roman “Les Misérables“ de Victor Hugo. Le problème est étudié à travers l’approche de deux épisodes significatifs - Gavroche et ses deux petits invités dans l’éléphant de la Bastille et l’histoire du Petit Gervais, narré au chapitre 13 du premier livre.

Gavroche est présenté moins comme un héros des barricades, posture trop connue pour être interprétée, mais comme un enfant conscient de la misère des autres, capable au sacrifice, prêt à se porter au secours des plus démunis. Dans cette perspective, l’éléphant de la Bastille se dresse comme un symbole de la mémoire de la gloire, mais aussi de la souffrance des gamins parisiens, aux prises avec la faim et le froid. Ce monument, disparu depuis longtemps, est un centre affectif qui organise le récit du destin des enfants.

Il représente, à travers sa propre histoire, le symbole urbain de la misère. Gavroche y loge, et installe ses deux invités, afin de les sauver. Une solidarité enfantine et infantile dresse cette première barricade comme rempart contre la cruauté des adultes.

Quant au Petit Gervais, sa présence doit activer les forces de la conscience de Valjean. Il est obligé de lutter pour la première fois contre ses remords, ayant détroussé l’enfant. La monnaie de quarante sous qu’il vole sur le chemin devient cet œil caché, qui symbolise la présence de Dieu. Déchiré par la faute du vol, Valjean est puni par la Nature.

La tempête qui se déclenche après le vol est la force aveugle de la Providence.

Les quarante sous  jouent un rôle important dans l’économie des échanges dans le roman. En effet, c’est la première somme, nécessaire au rachat de Cosette. Les comptes détaillés de Valjean prouvent le souci du narrateur à rendre le hasard impossible aux moindres détails, suivant un code romantique.

Les deux destins, celui du prisonnier et du gamin parisien, se croisent  pour offrir une récompense symbolique à l’enfant, comme dans une structure catoptrique par rapport à l’histoire du Petit Gervais. Un bagnard devient millionnaire moins par l’argent, que par la force de sa conscience, donc de sa mémoire.

 

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